Les p’tites Suisses

Notre village est petit, environs 2000 habitants, et il chevauche la frontière franco-suisse, quelques 18 kilomètres d’Evian-les-bains. Il est à l’extrémité ouest du canton du Valais, un canton beaucoup plus ‘traditionnel’ et pas aussi ouvert au monde que les plus cosmopolites cantons voisins du Vaud et Genève.  Pas facile, donc, pour les étrangers de faire ses foyers dans ce petit bourg. Bien que notre accueil fût très chaleureux (frappes sur la porte, gâteaux, verre d’amitié, « bienvenue dans la quartier », etc.) comment procéder pour être accepter dans ce commune ?

Premier indice le jour après notre arrivé ; nulle part où s’asseoir ; salon plein de cartons ; moi, dans la chambre, en essayant de me rappeler comment assembler le lit et…un bruit du rez-de-chaussée. J’ai regardé ma femme,
« T’as laissé la porte ouverte ? »,
« Peut-être ».
C’était le mois du mars, mais il faisait beau et assez chaud. Nous sommes descendus, pour trouver une vieille dame dans la cuisine, en regardant le désastre qui était notre tentative de défaire nos biens. « Bonjour Madame, je peux vous aider ? ».
« Un café ».
Ma femme et moi avons regardé l’un à l’autre.
« Qui est-ce ? », chuchoté.
« Aucune idée ».
J’ai répété, « Un café ? », pour clarification, vous comprenez.
« Avec des biscuits, si vous en avez ».

Autour de café et biscuits, nous nous sommes présentés à Anne, notre nouvelle voisine et une des trois sœurs âgées, habitants de la maison à côté. Issues d’une famille montagnards du Haut-Valais, les trois sœurs et leurs deux frères se sont occupées pendant leurs jeunesses par les besoins de la ferme laitière familiale. L’aînée, Marie-Hélène (Marie-H) était bien connue à l’époque pour rassembler du bétail dans les hauts pâturages sur sa moto 500cc.

Anne, chaleureuse, charmante, ouvertes, toujours avec un sourire, mais d’une simplicité un peu fragile, a bossé comme deux personnes cet après-midi pour déballer nos cartons et pour mettre tout au mauvais endroit (elle a dit, au début, « Je sais où tout va », alors….laisse travailler !).

Quelques heures plus tard, Anne s’en est allée, sans un mot, mais avec la paquet de biscuits.